La joie franciscaine (WEFA de Paris 2018)

« Brûler du désir de partager la beauté et la joie de l’évangile »

Du 14 a 16 septembre 2018, le petit groupe accueilli pour le WEFA à Paris a médité sur la joie franciscaine. Autour de monde, tout parle de joie: les publicités dans les transports, à la télé… nos murs sont remplis de visages joyeux, beaux, souriants. Mais cette joie de nos écrans ne tient pas longtemps face aux réalités de la vie qui souvent n’est pas rose. Pourtant, le joie nous est donnée au cœur de nos réalités. Dans l’exhortation apostolique Gaudete et exsultate, quand il parle de joie et de sens de l’humour, le pape François précise.

« Je ne parle pas de la joie consumériste et individualiste si répandue dans certaines expériences culturelles d’aujourd’hui. Car le consumérisme ne fait que surcharger le cœur ; il peut offrir des plaisirs occasionnels et éphémères, mais pas la joie. Je me réfère plutôt à cette joie qui se vit en communion, qui se partage et se distribue, car « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac20, 35) et « Dieu aime celui qui donne avec joie » (2 Co 9, 7). L’amour fraternel accroît notre capacité de joie, puisqu’il nous rend capables de jouir du bien des autres : « Réjouissez-vous avec qui est dans la joie » (Rm 12, 15). « Nous nous réjouissons, quand nous sommes faibles et que vous êtes forts » (2 Co 13, 9). En revanche, « si nous nous concentrons sur nos propres besoins, nous nous condamnons à vivre avec peu de joie ». » (Gaudete et exsultate, §128)

Le frère François nous a aidé à percevoir que la vraie joie s’enracine dans une rencontre personnelle avec le Christ: « être chrétien, c’est se laisser rencontrer et toucher par le Christ » nous disait-il. La vraie joie  passe aussi par un regard confiant sur la croix de Jésus.

« Sur le crucifix de Saint Damien, Jésus n’apparaît pas mort, mais vivant. Le sang coule des blessures de ses mains, de ses pieds et de son côté, mais ce sang exprime la vie. Jésus n’a pas les yeux fermés, mais ouverts, grand ouverts : un regard qui parle au cœur. Et le crucifié ne nous parle ni de défaite, ni d’échec ; paradoxalement, il nous parle d’une mort qui est vie, qui enfante la vie, parce qu’elle nous parle d’amour, parce que c’est l’amour de Dieu incarné, et l’amour ne meurt pas, au contraire, il triomphe du mal et de la mort. Celui qui se laisse regarder par Jésus crucifié est recréé, il devient une « nouvelle créature ». Tout part de là : c’est l’expérience de la grâce qui transforme, le fait d’être aimés sans mérite, tout en étant pécheurs. C’est pourquoi François peut dire, comme saint Paul : « Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ » (Ga 6, 14). Et ce n’est pas du dolorisme. »

Au cours de ce week-end, lors d’échanges plus impromptus, nous avons également partager sur la vocation la prière. Des frères du couvent de Paris ont témoigné de leur chemin de découverte de la suite de Jésus, sur leur manière de vivre la prière, en donnant quelques clés ou quelques conseils pour que chacun puisse avancer sur son chemin personnel. La veillée du samedi soir a été animée autour d’une adoration de la croix. Un beau moment de silence, de prière et de méditation pour se tenir simplement en présence de Dieu, dont la croix ouvre un chemin vers la joie.

Ce qu’il retiennent

Marc: « J’ai été touché par la joie entre nous. C’est une manière d’être profondément avec soi et avec tout autre qui passe à côté. Le rapport d’ouverture à l’autre est une question qui fait le lien entre nous ».

Candide: « Je retiens le paradoxe de la croix et de la joie qui change notre regard ».

Mickaël avait participé au WEFA de Vézelay: « je suis frappé par le complémentarité de la vie des frères mineurs, de la grande diversité au sein d’un même ordre ».

Quentin ne connaissait pas précisément Saint François: « Saint François est vraiment une globalité. C’est l’amour de Dieu, l’amour de l’homme et de toute la Création, réunis dans une même personne. »

Stéphane: « dans l’accueil des frères, j’ai été heureux de sentir une sincérité et une simplicité. Vous n’avez pas changé parce que nous étions là. »

Marie: « J’étais venue pour avoir une foi plus ancrée dans la vie de tous les jours.  Je repars en ayant fait beaucoup de découvertes. (…) En particulier la découverte de la rencontre entre saint François et le Sultan, car pour moi le dialogue interreligieux est important. »

Parmi d’autres…

 

 


CHAPITRE 8 des Fioretti. COMMENT SAINT FRANÇOIS, CHEMINANT AVEC FRÈRE LÉON, LUI EXPOSA CE QU’EST LA JOIE PARFAITE.

Comme saint François allait une fois de Pérouse à Sainte-Marie des Anges avec frère Léon, au temps d’hiver, et que le froid très vif le faisait beaucoup souffrir, il appela frère Léon qui marchait un peu en avant, et parla ainsi : « Ô frère Léon, alors même que les frères Mineurs donneraient en tout pays un grand exemple de sainteté et de bonne édification, néanmoins écris et note avec soin que là n’est point la joie parfaite. »

Et saint François allant plus loin l’appela une seconde fois : « Ô frère Léon, quand même le frère Mineur ferait les aveugles voir, redresserait les contrefaits, chasserait les démons, rendrait l’ouïe aux sourds, le marcher aux boiteux, la parole aux muets et, ce qui est plus grand miracle, ressusciterait des morts de quatre jours, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite. »

Marchant encore un peu, saint François s’écria d’une voix forte : « Ô frère Léon, si le frère Mineur savait toutes les langues et toutes les sciences et toutes les Écritures, en sorte qu’il saurait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets des consciences et des âmes, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite. »

Allant un peu plus loin, saint François appela encore d’une voix forte : « Ô frère Léon, petite brebis de Dieu, quand même le frère Mineur parlerait la langue des Anges et saurait le cours des astres et les vertus des herbes, et que lui seraient révélés tous les trésors de la terre, et qu’il connaîtrait les vertus des oiseaux et des poissons, de tous les animaux et des hommes, des arbres et des pierres, des racines et des eaux, écris qu’en cela n’est point la joie parfaite. »

Et faisant encore un peu de chemin, saint François appela d’une voix forte : « Ô frère Léon, quand même le frère Mineur saurait si bien prêcher qu’il convertirait tous les fidèles à la foi du Christ, écris que là n’est point la joie parfaite. »

            Et comme de tels propos avaient bien duré pendant deux milles, frère Léon, fort étonné, l’interrogea et dit : « Père, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie par­faite. » Et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu’il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu’il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d’injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite. Et si nous persistons à frapper, et qu’il sorte en colère, et qu’il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d’ici misérables petits voleurs, allez à l’hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite. Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l’amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu’il dise, plus irrité encore : « Ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s’il sort avec un bâton noueux, et qu’il nous saisisse par le capuchon, et nous jette à terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les nœuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite.

Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l’Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l’amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons nous glorifier, puisqu’ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon que dit l’Apôtre : « Qu’as-tu que tu ne l’aies reçu de Dieu ? Et si tu l’as reçu de lui, pourquoi t’en glorifies-tu comme si tu l’avais de toi-même ? » (1Co 4,7). Mais dans la croix de la tribulation et de l’affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c’est pourquoi l’Apôtre dit : « Je ne veux point me glorifier si ce n’est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (Ga 6,14)

            A qui soit toujours honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.