Fraternels dans la ville à Lyon (02)

« Je fis miséricorde avec eux »

Sur cette photo, qui embrasse qui? Qui donne l’accolade à qui? Sans doute que ces questions sont vaines tant la réciprocité entre ces deux hommes se donne à voir.

L’épisode de la vie de François appelé « le baiser au Lépreux » est un moment essentiel à sa conversion. C’est le seul événement dont il parle dans son Testament, à la fin de sa vie, pour partager ses débuts avec ses frères: « Voici comment le Seigneur me donna, à moi, frère François, la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux; je fis miséricorde avec eux; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps ». (Testament 1-3)

« Ayant reçu du lépreux un baiser de paix »

On a souvent vu dans ce baiser au lépreux, le geste héroïque d’un saint. Mais une biographie du XIIIème siècle propose un éclairage un peu différent et permet peut-être de comprendre cette mystérieuse expression faire miséricorde avec:

« Un autre jour, alors qu’il montait à cheval près d’Assise, un lépreux vint à sa rencontre.  D’habitude il avait une grande horreur des lépreux, c’est pourquoi il se fit violence, descendit de cheval et lui donna une pièce d’argent en lui baisant la main.  Ayant reçu du lépreux un baiser de paix, il remonta à cheval et poursuivit son chemin.  A partir de ce moment, il commença à se mépriser de plus en plus, jusqu’à Parvenir à une parfaite victoire sur soi-même par la grâce de Dieu. » (Légende des Trois Compagnons, §11)

Ici, ce n’est pas François qui embrasse le lépreux. Ce baiser, le saint le reçoit du pauvre. Voilà un renversement qui ouvre d’autres perspectives. La charité, si souvent vue comme hautaine et dominatrice, reçoit une autre saveur. Nos efforts pastoraux et nos combats pour la justice sont invités à revoir leur dynamique, non plus simplement pour les pauvres, mais également à partir d’eux.

écouter « la mystérieuse sagesse »

Dans Evangelii Gaudium, le Pape François écrit: « je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. (…) par leurs propres souffrances ils connaissent le Christ souffrant. Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux. La nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux ». (EG §198)

Cette photo illustre à merveille ce que le fr. Frédéric-Marie a voulu partager de la spiritualité franciscaine dans son livre François d’Assise et la miséricorde. Servir sans dominer. (éditions franciscaines, 2017)

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